À l’occasion des journées européennes de l’obésité, l’Association française de Chirurgie (AFC) tire la sonnette d’alarme : en cas d’obésité, jusqu’à 5 fois plus de risques de cancers digestifs. Décryptage.
Surpoids,obésité et cancer
L’étude ESTEBAN menée par Santé publique France a de quoi nous inquiéter : en France, 54% des hommes et 44% des femmes âgés de 18 à 74 ans sont en situation de surpoids ou d’obésité. Plus exactement, 17% des Français de 18 à 74 ans sont obèses. Des chiffres qui préoccupent l’Association française de Chirurgie (AFC) qui, dans son communiqué de presse du 13 mai 2019, souligne que surpoids et obésité multiplient par 2 à 5 le risque de développer certains cancers digestifs. L’AFC est formelle : « le surpoids et l’obésité ont un effet multiplicateur de 2 à 5 pour 6 cancers digestifs : œsophage, vésicule biliaire, foie, colorectal, pancréas et estomac. » Et surtout, il existe un lien proportionnel entre l’augmentation de l’IMC et les cancers : « plus on est obèse, plus fort est le risque. »
Bien sûr, des disparités existent selon le sexe – le cancer colorectal chez l’homme (+46%) et chez la femme (+15%) – mais aussi l’âge : le risque de cancer est 3 fois plus élevé chez les jeunes adultes obèses par rapport à des obèses plus âgés – l’incidence est de 3,5 contre 0,8.
Tout commence dès le surpoids
Mauvaise nouvelle : les risques de cancers digestifs augmentent dès que l’indice de masse corporelle (IMC) dépasse les 25, soit une situation de surpoids. En cause ? Comme le souligne l’AFC, « l’augmentation de la sécrétion d’insuline et l’état inflammatoire chronique générés par l’obésité agissent comme facteurs multiplicateurs des cancers digestifs car ils favorisent la prolifération cellulaire. » L’insulino-résistance et la sursaturation de la bile en cholestérol vont contribuer à la formation de calculs, en cause dans le cancer des voies biliaires. Chez les sujets en surpoids ou obèses, la hausse de la pression intra-abdominale est quant à elle en cause dans le reflux gastro-œsophagien, qui va considérablement augmenter le risque de cancer de l’œsophage ou de l’estomac… Alors, on n’oublie pas de penser prévention et dépistage. Pour prendre l’exemple du cancer colorectal, 70% des cas peuvent être évités ou guéris s’ils sont détectés suffisamment tôt.
Obésité, jusqu’à 5 fois plus de risques de cancers digestifs
Cancer de l’œsophage
Les études sont unanimes : pour chaque unité d’IMC supplémentaire, le risque croît de 11%. Donc, entre un IMC de 25 et un IMC de 30, le risque de cancer de l’œsophage est 55% plus élevé. En cause ? Comme le souligne l’AFC, « l’obésité augmente la pression intra-abdominale ce qui favorise le relâchement du sphincter œsophagien inférieur, l’exposant aux sucs gastriques acides et augmentant ainsi le risque de reflux gastro-œsophagien. » De plus, le temps de transit chez les personnes en surpoids ou obèses est plus conséquent : le contact avec le bol alimentaire contenant potentiellement des composés carcinogènes augmente donc.
Cancer du pancréas
Dès qu’un adulte passe en surpoids (IMC > 25), le risque augmente de 10% pour 5 unités d’IMC supplémentaires, un risque encore plus conséquent en cas d’obésité (IMC > 30).
Cancer colorectal
Pour chaque unité d’IMC supplémentaire, le risque croît de 2%, un risque bien plus conséquent chez les hommes (voir supra).
Cancer du foie
De loin le plus inquiétant tant sa prévalence augmente en fonction de l’IMC. En effet, si le risque de cancer du foie augmente de 13% en cas de surpoids, il croît de 109% pour les personnes obèses. L’inflammation serait en cause dans la prolifération cellulaire, accélérant de fait la fibrose et la cancérogénèse.
Cancer de l’estomac
Une nouvelle augmentation significative… Le risque de cancer gastrique est de +21% en cas de surpoids et de +36% en cas d’obésité.
Cancer de la vésicule biliaire
Vous l’ignoriez peut-être mais l’obésité est une cause reconnue de la formation de calculs biliaires, notamment liée à une sursaturation de la bile en cholestérol. Ce type de cancer est plus fréquent chez les femmes (+29%) que chez les hommes (+16%) dès l’IMC augmente de 6kg/m2.
Sources
– Association française de chirurgie,
– Santé publique France.